MOT DU DIRECTEUR GÉNÉRAL 


L'HÔPITAL, UN SYMBOLE, UNE ENTREPRISE


L’hôpital est un lieu hautement symbolique qui, depuis ses origines, a toujours été le reflet de la société qui l’entoure, de ses valeurs et de son évolution.

L’origine de l’hôpital en tant qu’institution remonte à peu près au Vème siècle. Appelés «hospices» jusqu’au 16ème siècle, ces précurseurs de nos hôpitaux modernes ont fonctionné selon le principe de charité, bâtissant leur existence sur les valeurs chrétiennes. Souvent à l’écart des villes, les hospices étaient une affaire exclusive des ecclésiastiques.

Il a fallu attendre l’ère post-renaissance pour que le pouvoir laïc s’empare de ces institutions, lorsque la notion de «charité» a cédé la place à celle de «bienfaisance». Or, sous cette appellation pour le moins ambiguë, le pouvoir politique et aristocratique n’a en réalité que tenté de renfermer les pauvres et autres éléments perturbateurs qui mettaient en péril leur pouvoir.

S’ensuit la «naissance de la clinique» dès le début du 19ème siècle (cf. l’ouvrage célèbre de M. Foucault, 1963, Presses Universitaires de France), époque à laquelle la «raison» fait son entrée fracassante dans les sociétés occidentales et dans leurs institutions. Construit depuis lors au centre des villes, de manière bien visible, l’hôpital moderne est devenu un symbole de la richesse et du savoir-faire de nos sociétés, un symbole de l’indépendance pour les régions et les communes. Et cela n’a plus changé jusqu’à aujourd’hui. Celui qui a déjà regardé le CHUV depuis un bateau sur le Léman sait de quoi il est question…

L’on comprend dès lors facilement les réactions parfois virulentes de la population lorsqu’il s’agit de fermer un hôpital ou de lui enlever une mission, telle qu’une maternité par exemple. «Touche pas à mon hôpital» veut donc dire «touche pas à notre richesse, touche pas à notre indépendance, touche pas à nos acquis»!

Depuis bientôt 30 ans, le discours économique, historiquement né durant la même période que l’hôpital moderne et découlant de cette même «raison» (!), fustige ce symbole de richesse qu’est l’hôpital. N’entend-t-on pas dire que «nos hôpitaux coûtent trop cher»? Ne s’agit-il pas là d’une affirmation parfaitement contradictoire…?

Eh bien c’est précisément dans cette contradiction que nous vivons aujourd’hui. Il est juste de défendre les acquis puisque c’est là-dessus que nos sociétés se construisent. Comme il est également juste d’attendre qu’un hôpital soit économiquement efficace et qu’il gère ses ressources à bon escient, s’agissant de ressources publiques à plus forte raison.

C’est pourquoi l’hôpital du 21ème siècle doit être géré comme une entreprise, consciente à la fois de sa valeur sociale et des contraintes économiques. Et pour cela, il doit être considéré et reconnu comme tel.

L’Hôpital de Lavaux est un parfait exemple de cette évolution, qu’il s’appliquera à suivre attentivement.

Edité le 26 mai 2016